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Prestalgo

Reprise et maintenance

À qui appartient le code de notre application : à nous ou au développeur ?

Ce que dit le droit d'auteur français, qui détient les droits selon qui a écrit le code, et ce que doit prévoir le contrat pour que l'application soit vraiment à vous.

Par Alexandre Gougeon, fondateur de Prestalgo · Publié le · Lecture 8 min

« Nous avons payé une agence pour développer notre application de réservation. Nous voulons confier la suite à un autre prestataire, mais l'agence dit que le code lui appartient et refuse de le livrer. Nous l'avons payé, il est à nous, non ? »

La situation, telle qu'on la raconte à une IA
En bref

Pas automatiquement. En droit français, le code d'un logiciel est protégé par le droit d'auteur, et les droits appartiennent à celui qui l'a écrit, même si vous avez payé le développement. La grande exception : le code écrit par vos salariés dans leurs fonctions, dont les droits reviennent à l'employeur. Pour un freelance ou une agence, il faut une cession écrite, qui liste chaque droit cédé et précise son étendue, sa destination, le lieu et la durée. Si votre contrat n'en contient pas, régularisez par écrit avant de changer de prestataire.

Le principe : le code appartient à celui qui l'écrit

Le Code de la propriété intellectuelle range les logiciels, y compris le matériel de conception préparatoire, parmi les œuvres de l'esprit¹. Ils sont protégés à condition d'être originaux. Les fonctionnalités, les algorithmes et les langages de programmation ne sont pas protégés ; les lignes de code, leur organisation et le matériel de conception peuvent l'être².

L'auteur détient ce droit du seul fait de la création, et le fait d'avoir signé un contrat de prestation ne change rien à cette règle, sauf exceptions prévues par la loi³. Ce droit lui réserve la reproduction du logiciel, sa modification et sa mise sur le marché⁴. Autrement dit, payer la facture paie le travail ; cela ne transfère pas, à lui seul, les droits sur le code.

Qui détient les droits, selon qui a écrit le code ?

Qui a écrit le codeQui détient les droits d'exploitationCe qu'il vous faut
Votre salarié, dans ses fonctions ou sur vos instructionsVous, l'employeur, sauf clause contraire⁵Rien de plus, si le développement entre bien dans ses missions.
Un freelanceLe freelanceUne cession écrite.
Une agenceL'agence, pour le code écrit par ses salariés⁵Une cession écrite de l'agence, qui doit elle-même détenir les droits sur le code de ses sous-traitants.
Un associé ou cofondateur non salariéLui, à titre personnelUne cession écrite à la société.
Un bénévole de l'associationLui, à titre personnelUne cession écrite à l'association.

Attention aux deux dernières lignes : l'exception prévue pour les salariés ne joue pas pour un associé ou un bénévole, même très impliqué dans le projet.

Avoir le code ne veut pas dire avoir les droits

Détenir les fichiers, une archive ou un accès au dépôt de code ne vous donne aucun droit d'auteur : la loi distingue la propriété de l'objet matériel et celle de l'œuvre, et l'acquéreur de l'un n'obtient pas, de ce seul fait, les droits sur l'autre⁶. L'inverse est vrai aussi : une cession des droits sans livraison du code source ne vous permet pas, en pratique, de faire évoluer l'application. Il vous faut les deux.

Ce que vous pouvez faire sans cession

La loi garantit un minimum à la personne qui a le droit d'utiliser un logiciel. Elle peut, sans l'autorisation de l'auteur, faire les copies et adaptations nécessaires pour s'en servir conformément à sa destination, y compris pour corriger des erreurs, sauf si le contrat réserve ce droit de correction à l'auteur. Elle peut aussi en faire une copie de sauvegarde⁷.

En revanche, ajouter des fonctions, confier le code à un autre prestataire pour qu'il le transforme, ou réutiliser l'application ailleurs relève des droits de l'auteur : sans cession, il faut son autorisation.

Ce que doit contenir la clause de cession

Les contrats qui transmettent des droits d'auteur doivent être écrits⁸. Chaque droit cédé doit y être mentionné à part, et son exploitation délimitée quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée⁹. Une cession globale des œuvres futures est nulle¹⁰ : la clause doit viser le logiciel développé dans le cadre du contrat. Une clause complète précise :

  1. les droits cédés, un par un : reproduction, adaptation et modification, mise sur le marché⁴ ;
  2. l'étendue : exclusive ou non, sur quels supports et quelles plateformes ;
  3. la destination : usage interne, exploitation commerciale, revente possible ou non ;
  4. le lieu et la durée : par exemple le monde entier, pour toute la durée de protection ;
  5. le prix : pour un logiciel, la rémunération de la cession peut être forfaitaire¹¹, donc comprise dans le prix de la prestation ;
  6. la livraison du code source, de la documentation et des accès, à chaque version ;
  7. la liste des composants tiers et open source, qui restent sous leur propre licence ;
  8. le moment du transfert, par exemple au paiement complet.

Pas de cession dans votre contrat : comment régulariser ?

Relisez tout ce qui a été signé : contrat, devis, conditions générales du prestataire. La clause s'y trouve parfois. S'il n'y a rien, demandez au prestataire de signer une cession écrite qui reprend les points ci-dessus, avant de confier le code à quelqu'un d'autre.

S'il refuse, ou s'il réclame un prix que vous contestez, c'est une question pour un avocat en propriété intellectuelle : lui seul peut lire votre contrat et vos échanges et vous dire ce que vous pouvez exiger. Si le développeur ne répond plus du tout, notre article sur la reprise d'une application abandonnée détaille les autres étapes.

Et si le prestataire veut garder les droits ?

C'est le cas, par exemple, avec un logiciel d'éditeur ou avec des briques que le prestataire réutilise d'un client à l'autre. Ce n'est pas forcément un problème si vous recevez une licence qui couvre vos besoins : durée, droit de faire modifier le code par un tiers, sort de la licence si le prestataire disparaît. Pour ce dernier point, un dépôt du code source chez un tiers de confiance peut prévoir votre accès sous conditions : c'est le service d'entiercement que proposent par exemple l'Agence pour la protection des programmes¹² et l'INPI¹³.

Et chez Prestalgo ?

La cession des droits est prévue dans chacun de nos contrats : une fois la prestation payée, le code source et les droits d'utilisation sont à vous, et vous pouvez changer de prestataire sans repartir de zéro. Les comptes (hébergement, nom de domaine, stores) sont ouverts à votre nom. Une application se chiffre au projet, à partir de 2 999 € HT (voir développement d'application et les Tarifs). Pour une application déjà développée par quelqu'un d'autre, une reprise commence par l'inventaire du code et des accès.

Questions fréquentes

Le développeur peut-il refaire la même application pour un concurrent ?

Les fonctionnalités et les idées ne sont pas protégées par le droit d'auteur : un autre peut développer une application qui fait la même chose. Reprendre votre code, en revanche, dépend de la cession : si elle est exclusive, il ne le peut plus ; si elle ne l'est pas, ou s'il n'y a pas de cession, il le peut, sauf clause contraire de votre contrat, comme une clause de confidentialité.

Après la cession, le développeur peut-il s'opposer à nos modifications ?

En principe non. Sauf clause plus favorable à l'auteur, celui-ci ne peut pas s'opposer à la modification du logiciel par celui à qui il a cédé ses droits, tant qu'elle ne porte pas atteinte à son honneur ou à sa réputation, ni revenir sur la cession au titre de son droit de retrait¹⁴.

Faut-il déposer le code pour qu'il soit protégé ?

Non : le droit d'auteur naît de la création, sans formalité³. Un dépôt sert seulement de preuve datée. L'e-Soleau de l'INPI, par exemple, coûte 15 € pour un dépôt jusqu'à 50 Mo et couvre cinq ans¹³.

Les maquettes, le logo et les illustrations sont-ils concernés ?

Oui : les dessins et les créations graphiques sont aussi des œuvres de l'esprit¹. Si un designer les a réalisés, faites figurer leur cession dans le même contrat, ou dans un contrat à part avec lui.

Notre application utilise du code open source : est-ce un problème ?

Pas en soi. Mais ce code n'appartient ni à vous ni à votre prestataire : il reste sous sa licence, dont il faut respecter les conditions. Certaines licences imposent par exemple, sous conditions, de partager le code source des modifications. Demandez la liste des composants et de leurs licences à la livraison.

Sources

  1. Code de la propriété intellectuelle, article L112-2, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  2. Cour de cassation, 1re chambre civile, 14 novembre 2013, pourvoi n° 12-20.687, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  3. Code de la propriété intellectuelle, article L111-1, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  4. Code de la propriété intellectuelle, article L122-6, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  5. Code de la propriété intellectuelle, article L113-9, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  6. Code de la propriété intellectuelle, article L111-3, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  7. Code de la propriété intellectuelle, article L122-6-1, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  8. Code de la propriété intellectuelle, article L131-2, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  9. Code de la propriété intellectuelle, article L131-3, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  10. Code de la propriété intellectuelle, article L131-1, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  11. Code de la propriété intellectuelle, article L131-4, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
  12. Agence pour la protection des programmes (APP), page d'accueil, consulté le 8 novembre 2026 : app.asso.fr
  13. INPI, « Déposer une e-Soleau ou un entiercement », consulté le 8 novembre 2026 : inpi.fr
  14. Code de la propriété intellectuelle, article L121-7, Légifrance, consulté le 8 novembre 2026 : legifrance.gouv.fr
Alexandre Gougeon

Alexandre Gougeon, fondateur de Prestalgo, développeur full stack depuis 2015. Prestalgo fait tourner et maintient les applications de SAUVLife, Youngs Job et Groume.

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